Je m'appelle Cécilia Laurendon.

Je suis de la Martinique, j'y ai grandi, mais je n'y vis pas. 

Je suis de ces Antillais de métropole qui rentrent régulièrement au pays. Et pour un(e) Antillais(e) qui revient au pays pour les vacances, il y a toujours deux impératifs :

  1. Visiter la famille et les amis, parce que la famille et les amis, c'est sacré. 
  2. Prendre un bon bain de mer comme on dit là-bas, parce qu'on est une île. Il y a de l'eau, des plages tout autour. Inconcevable de ne pas s'y tremper.
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Je ne souscris pour ainsi dire jamais à l'alinéa 2 dudit programme, ou alors quasiment sous la pression familiale (cf. alinéa 1).

Je suis résolument terrienne, plus attirée par les demeures anciennes et les vieilles pierres que par le sable et la mer.

Rien d'étonnant à ce que depuis quelque temps, chacun de mes voyages à la Martinique soit prétexte à me lancer sur les routes, appareil photo en main, à la découverte des habitations-plantations-distilleries de l'île, des plus connues aux oubliées, en activité ou à l’état de vestiges.

Et d'ailleurs, pourquoi les habitations-plantations ?

Pour contempler. Une habitation, c’est une belle demeure. A la Martinique, on est pas peu fier du patrimoine de l’architecture créole, qu’il s’agisse de la modeste case ou de l'imposante maison de maître.

Pour se souvenir. Les habitations se sont construites sur la pratique de l’esclavage qui a sévi dans l’île du milieu du XVIIe au milieu du XIXe (1848). Il en reste des traces dans le paysage et dans les cœurs.

Pour prendre la route. Il y a toujours quelque chose de beau à voir. Le François, les Trois-Ilets, Sainte-Marie, Le Prêcheur, La Caravelle… J’ai répertorié une cinquantaine d’habitations : ce sont des distilleries, des musées, des jardins, des résidences hôtelières, des lieux de dégustations, des vestiges.

Pour savourer. Le rhum de la Martinique est un des meilleurs au monde — voire le meilleur si on en croit certains aficionados, car la tradition et l’authenticité ont été préservés. Il existe 7 distilleries de rhum, un peu plus d’une vingtaine de marques. Quoi de mieux que d’aller chercher l’élixir à la source ?

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On pourra penser que, pour une Martiniquaise, il y a tout de même quelque chose d'ambivalent à venir s'extasier sur "les terres du béké". Quasiment toutes les habitations-plantations appartiennent à des blancs créoles, descendants de colons esclavagistes. Je crois que pendant longtemps les Antillais ont préféré regarder les plantations de loin. Un mélange d'amour propre et de fascination nous a souvent conduit à tenir à distance l'habitation et tout ce qu'elle représente, historiquement, socialement et économiquement. 

Une habitation, c'est plus qu'un site. C'est une histoire qu'aux Antilles on ressent encore de manière diffuse, parfois intense. C'est surtout une histoire à découvrir, à raconter et à partager. 

 

Alors suivez-moi sur les routes de la canne à sucre, la Sugar Cane Lane. C’est par ici…